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Musicien

Nicolai Gedda

Nicolai Gedda

Date de naissance 11.7.1925 à Stockholm, Stockholms län, Suède

Date de décès 8.1.2017 à Tolochenaz, VD, Suisse

Links www.nzz.ch (Allemand)

Nicolai Gedda

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Harry Gustaf Nikolai Ustinoff, né Lindberg le 11 juillet 1925 à Stockholm (Suède) et mort le 8 janvier 2017[1] à Tolochenaz (Suisse), également connu sous le patronyme de Gädda et le nom de scène Nicolai Gedda, est un ténor suédois[2].

Soliste majeur du Metropolitan Opera, sa carrière le conduit au devant des plus grandes scènes lyriques — opéra royal de Stockholm, Covent Garden, Wiener Staatsoper, Grand Théâtre, palais Garnier, Scala de Milan — sous des baguettes prestigieuses — telles qu'André Cluytens, Herbert von Karajan, Otto Klemperer, Dimitri Mitropoulos et Georges Prêtre — auxquelles s'ajoutent des collaborations émérites avec, entre autres, les pianistes Gerald Moore et Geoffrey Parsons, outre maints partenariats légendaires « sul palcoscenico » ou en studio auprès d'artistes lyriques renommés parmi lesquels figurent notamment Maria Callas, Nicolaï Ghiaurov, Mirella Freni, Jerome Hines, George London, Victoria de los Ángeles, Christa Ludwig, Mady Mesplé, Janine Micheau, Anneliese Rothenberger et Elisabeth Schwarzkopf.

Hyperpolyglotte, faisant preuve d'une diction exemplaire et d'une remarquable musicalité, tout en finesse, se singularisant par son extraordinaire polyvalence et la vastitude de son répertoire, sa facilité hors-norme à atteindre le registre aigu et suraigu de la voix, sa parfaite maîtrise de l'« aperto-coperto » ainsi que l'égalité de son registre phonatoire alliée à la beauté magistrale de sa mezza voce, il détient à ce jour un record historique jamais égalé au regard du nombre d'enregistrements discographiques lyriques et opératiques auxquels il a participé.

Doté d'une technique émissive hors-pair et se démarquant par une exceptionnelle longévité vocale tout au long d'une carrière mondiale s'étalant sur plus d'un demi-siècle, il est considéré comme l'un des plus grands ténors de tous les temps.

Biographie

Origines familiales

Harry Gustaf Nikolai Lindberg naît avec ce nom d'état civil le 11 juillet 1925 à Stockholm[H 1]. Fruit de l'union fugace entre une jeune serveuse célibataire, Clary Linnéa Lindberg, et d'un père sans emploi russo-suédois, Nicolaj Gädda[3], il est abandonné à sa naissance par ses géniteurs avant d'être recueilli puis élevé par sa tante paternelle, Olga Gädda, fille d'un Russe émigré en Suède, et par le compagnon de celle-ci, Mikhail Ustinoff, qui a fui son pays et la révolution de 1917. Mikhail Ustinoff est apparenté à l'acteur britannique Peter Ustinov. L'enfant est originairement baptisé sous le nom de Harry Gustaf Nikolaj Gädda[3]. La famille s'installe en 1929 à Leipzig en Allemagne, où le jeune élève suit ses premières années de scolarité, mais choisit de rentrer en Suède dès 1934 « pour fuir la peste brune » induite par la montée en puissance du parti national-socialiste[3],[4],[5],[6],[7].

Son nom officiel devient Harry Gustaf Nikolai Ustinoff à la suite du mariage d'Olga avec Mikhail[8].

Études et formation

Premières leçons

Son père d'adoption officieux, Mikhail Ustinoff, est ancien membre d'un ensemble vocal kouban qui a autrefois effectué de nombreuses tournées internationales à travers l'Europe et les pays baltes[H 1]. À Leipzig, il est Kapellmeister, « cantor » et chef de chœur de l'église orthodoxe russe Saint-Alexis[9]. Il enseigne au jeune Nicolai les premiers rudiments vocaux tout en ne manquant pas de le faire régulièrement chanter en soliste dans la chorale d'enfants qu'il dirige conjointement au sein de l'enceinte ecclésiale[8].

École de recrues

En 1946, il effectue son service militaire à Linköping en Suède. Un compagnon de chambrée rapporte à la radio suédoise que le jeune Nico[a] s'y voit régulièrement hélé et rappelé vigoureusement à l'ordre par sa hiérarchie. En effet, il persiste à systématiquement se « planquer » en aparté en quelque endroit discret ou isolé à tout moment de la journée pour y chanter à tue-tête et y pratiquer scrupuleusement et rigoureusement ses exercices quotidiens d'échauffement vocalique, une pratique qui l'induit ponctuellement à carrément oublier ou délibérément passer outre — voire de ne même plus réussir à ouïr du tout — l'appel collectif du matin supposé rassembler l'entièreté des bleusailles dans l'enceinte de la caserne[10].

Banque

De retour de l'armée, il se résout à opter pour un emploi de guichetier de banque[H 2] afin de subvenir aux besoins d'Olga et Mikhail qui croulent sous les problèmes financiers. Il ne renonce pas pour autant à ce qu'il sent naître en lui comme une véritable vocation : la voix. Il complète ses modestes revenus en chantant lors de mariages et autres événements. Il caresse le rêve de pouvoir bénéficier de la guidance d'un professeur expérimenté afin de parfaire ses balbutiements embryonnaires de technique vocale. Malheureusement, il ne dispose d'aucune fortune personnelle qui pourrait lui permettre de mener à bien son projet. De plus, la quasi-intégralité de son salaire sert à éponger les dettes de ses parents. Des circonstances bienheureuses l'amènent pourtant à rencontrer un client fortuné qui, passionné d'art lyrique et flairant le talent de son interlocuteur, lui offre de lui payer ses cours de chant chez un chanteur lyrique renommé et considéré comme le meilleur pédagogue de la voix du moment[H 2].

Öhman

Cette aide bienvenue l'amène ainsi à pouvoir se perfectionner auprès du ténor wagnérien Martin Öhman[12] ainsi qu'à l'académie royale de musique de Suède[H 1]. Son professeur compte alors déjà dans son école le ténor suédois Jussi Björling auquel viendra plus tard se greffer la basse finlandaise Martti Talvela[13].

Novikova

À partir de 1957, il peaufine sa technique et son art émissif à New York aux côtés de Paola Novikova dont la rencontre opportune constitue une évolution décisive dans sa façon d'appréhender les diverses facettes de la technique vocale propre à l'art lyrique. De fait, Novikova, unique élève du baryton Mattia Battistini[12], se trouve par extension représenter l'ultime héritage détenteur de la tradition séculaire liée à l'ancienne école italienne de chant incarné par l'authentique bel canto. Elle forme de nombreux élèves eux-mêmes devenus des pointures internationales de l'art lyrique. Y figurent notamment les sopranos Helen Donath, Jeanine Micheau et Wilma Lipp ainsi que la contralto Fedora Barbieri et le ténor Ferruccio Tagliavini. Le baryton-basse canadien George London, lui, bénéficiera exhaustivement de son savoir ancestral durant dix-sept années ininterrompues de 1950 à 1967. Quant à Gedda, il s'abreuvera jusqu'à plus soif à son enseignement magistral pendant une dizaine d'années intensives de travail vocal acharné à ses côtés jusqu'à ce qu'elle rende son dernier soupir en 1967[H 3].

Carrière internationale

Stockholm

Il fait ses premières armes en 1951 à l'opéra royal de Stockholm en participant à la création mondiale de l'opéra contemporain Der Rote Stiefelmes du compositeur suisse alémanique Heinrich Sutermeister[14]. La direction du Kungliga Operan, relevant sa facilité évidente à naviguer dans le registre aigu et même suraigu, lui confie l'année suivante la mission de chanter en version suédoise le rôle de Chapelou de l'opéra français Le Postillon de Lonjumeau d'Adolphe Adam. Le défi se montre de taille. En effet, l'un des airs clés — « Mes amis, écoutez l'histoire » — se conclut par un périlleux contre-ré[15]. Qu'à cela ne tienne, le jeune novice relève le challenge en accomplissant la prouesse renouvelée à chaque représentation en faisant retentir cette note pourtant si haut perchée sans difficulté apparente. Il pousse même l'outrecuidance dans l'aisance au point d'en faire perdurer l'éclat sonore sous forme de point d'orgue improvisé. À noter pourtant que, paradoxalement, bien peu de ténors parviennent à se hisser vers des cimes aussi vertigineuses sans risquer de compromettre leur intégrité phonatoire[16].

Legge

La même année, le producteur britannique Walter Legge procède à un casting vocal destiné à recruter de nouveaux solistes en vue d'un futur enregistrement de l'opéra Boris Godouvov de Modeste Moussorgski[17]. Lors des auditions auxquelles participent nombre d'aspirants chanteurs qui espèrent décrocher un contrat, le jeune Gedda, pressenti pour personnifier Dmitri, se joint aux réjouissances. Il interprète à cette occasion, en français, l'aria de Georges Bizet — « La fleur que tu m'avais jetée » — tiré de l'opéra Carmen. En quasi conclusion, juste avant les mots « Carmen, je t'aime », la mélodie comporte un passage vocal spécifique relativement ardu et réputé pour sa complexité qui se décline par la déclamation chantée « ... et j'étais une chose à toi ». Son exécution, restituée par palier chromatique sous forme vocalique ascendante, se hisse jusqu'au sib aigu tenuto. Se jouant de la difficulté, Gedda atteint et maintient durablement l'apothéose avec une aisance déconcertante qui impressionne son auditeur. Subjugué par le phénomène, Legge le met alors au défi d'entonner exactement le même segment parcellaire mais, cette fois-ci, d'une manière en tout point conforme à ce qu'indique la partition, à savoir : en nuance pianissimo telle que consignée in extenso par le signe pp. Qu'à cela ne tienne, Gedda s'exécute aussitôt avec, pour corolaire sonore, un « toi » aérien et translucide qu'il émet d'abord en voix mixte appuyée suivie d'un « messa di voce[b] » qui laisse Legge pantois. À la fois ému et enthousiasmé par sa trouvaille, l'agent artistique s'empresse alors de contacter le chef d'orchestre Herbert von Karajan pour lui faire part de sa découverte, une perle rare « qui s'appelle Nicolai Gedda » et qui incarne selon lui « le meilleur ténor au monde[3] ». Sa carrière est désormais lancée.

Répertoire

Son répertoire comprend une cinquantaine d'opéras — dont tous les grands opéras mozartiens — ainsi qu'un nombre imposant d'oratorios, de messes et de cantates[18]. Sa voix — claire, chaleureuse, flexible, puissante — convient idéalement aux rôles lyriques. En revanche, sa structure phonatoire l'éloigne d’œuvres wagnériennes telles que Siegfried[19], même s'il consent — à titre exceptionnel — à une prudente incursion dans ce type de répertoire censément réservé à des ténors plus lourds en abordant une seule et unique fois le rôle-titre de Lohengrin à l'opéra royal de Stockholm en janvier 1966[20].

Parmi ses « chevaux de bataille » figurent :

  • tous les rôles de « ténor mozartien » tels que Belmonte ou Tamino
  • l'opérette viennoise qu'il élève vers de nouveaux standards jamais atteints auparavant[11]
  • l'opéra russe, dont un Lenski de référence[3]

S'y ajoutent maints opéras français qu'il estampille de son empreinte indélébile :

  • Orphée — dans la version française de l'opéra Orfeo ed Euridice (Orphée et Eurydice) de Christoph Willibald Gluck établie d'après un livret traduit et augmenté par Pierre-Louis Moline — avec l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire de Paris dirigé par Louis de Froment[21]. Sa partenaire dans le rôle d'Euridice, qu'il retrouve à cette occasion, n'est alors autre que Janine Micheau[22], élève du même professeur de chant que lui à New York, Paola Novikova[H 3]
  • La Damnation de Faust d'Hector Berlioz
  • le rôle-titre de Faust de Charles Gounod, l'un de ses grands succès qui, parmi d'autres, initie sa carrière au Metropolitan Opera de New York[3]
  • Énée des Troyens de Berlioz
  • Hoffmann des Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach
  • Don José de Carmen de Georges Bizet
  • Werther et Manon de Jules Massenet, etc.

Interactions

Par ailleurs, sa discographie, impressionnante par son ampleur et sa qualité, l'amène à collaborer avec moult sommités de l'art lyrique.

Avec Elisabeth Schwarzkopf, épouse du producteur Walter Legge, il enregistre :

Deux versions discographiques de l'opéra Carmen figurent à son actif :

  • la première, en 1960, avec Janine Micheau — ex élève comme lui de Paola Novikova — à laquelle s'allient la soprano Victoria de Los Angeles et le baryton Ernest Blanc under the baton of Sir Thomas Beecham
  • une seconde mouture en 1964 — rendue fameuse par la présence de Maria Callas dans le rôle-titre — au côté d'Andréa Guiot — elle-même futur professeur de chant de sa fille Tania Gedda lors de son cursus estudiantin au conservatoire de Paris — et Robert Massard en Escamillo, l'ensemble bénéficiant du prestige octroyé par l'expertise du chef d'orchestre Georges Prêtre avec qui Nicolai Gedda, durant sa carrière, interagit bienheureusement de façon récurrente au cours d'autres empreintes phonographiques vouées à l'opéra français.

Ténor « multifacettes »

À ce jour, Nicolai Gedda peut se prévaloir du record mondial du nombre d'enregistrements discographiques classico-lyriques, toutes catégories, tessitures vocales et idiomes confondus[16],[4],[5]. Féru de littérature, hyperpolyglotte, il appréhende le contenu des grandes œuvres littéraires en sept langues tout en en maîtrisant, parlant et chantant plus de neuf autres — avec une prononciation irréprochable dénuée de tout accent étranger — parmi lesquelles figurent ses quatre expressions d'origine — russe, suédois, allemand, français — auxquelles s'ajoutent l'anglais, l'italien, l'espagnol, le portugais, le grec, l'hébreu, le latin, le norvégien, le néerlandais ainsi que la plupart des langues scandinaves[16],[4],[5],[19]. Évoquant la qualité magistrale de sa diction française, le critique musical Renaud Machart écrit : « Il chantait notre langue à la perfection[16] » Dans le webzine francophone Forumopera.com, l'avocat à la cour et féru d'art lyrique Antoine Brunetto le considère comme « sans conteste l’un des ténors les plus marquants du vingtième siècle[7] ». Le compositeur Yves Rinaldi précise quant à lui que même si la typologie vocale de Gedda ne correspond pas spécifiquement au ténor italien di forza ou du Heldentenor allemand[c], son « exemplarité » en matière de « polyvalence » lui paraît néanmoins évidente[23].

Critiques dithyrambiques

En 1976, le pianiste et critique musical Richard Dyer — rédigeant sa recension pour le compte du Boston Globe après avoir assisté à une représentation d'Eugène Onéguine donnée en version de concert avec l'orchestre symphonique de Boston — s'extasie devant l'interprétation de l'air de Lenski restituée par Gedda qui constitue à ses yeux « une démonstration éclatante attestant combien une aussi parfaite maîtrise du chant lyrique relève du plus haut accomplissement de l'art humain[3]. »

Une estime tout autant partagée par son collègue ténor Luciano Pavarotti qui se plait à répéter qu'« il n’y a pas de ténor vivant qui ait une plus grande facilité dans le registre aigu que Gedda[6] ».

Idem pour sa compatriote, la soprano wagnérienne Birgit Nilsson, affirmant combien « historiquement parlant, Nicolai Gedda est incontestablement le ténor le plus musicien, le plus polyvalent, le plus subtil et le plus nuancé qu'il [lui] ait été donné de côtoyer tout au long de [sa] carrière, voire que le monde lyrique ait même jamais connu[11] ».

Portraits intimistes

Gedda considère que ses deux mariages initiaux — le premier avec la pianiste franco-russe Nadia Sapounoff Nova[24], puis le second, en 1965[25], avec Anastasia Caraviotis, d'origine grecque — se sont soldés autant l'un que l'autre par un « désastre » à la fois émotionnel et financier[8]. En 1977, il rencontre celle qui, deux décennies plus tard, deviendra sa future troisième compagne de vie, Aino Sellermark. Celle-ci, sous son nom de plume, Anna Maria Berman, collabore avec lui pour l'aider à rédiger une autobiographie. Le livre paraît en suédois la même année sous le titre Gåvan är inte gratis — littéralement « Le don n'est pas gratuit » que l'on peut traduire par Le revers de la médaille — avant de se voir refondu, complété, enrichi, traduit puis réédité et publié en anglais une vingtaine d'années plus tard avec un nouvel intitulé : Nicolai Gedda, my life and art[14].

Le contenu des deux ouvrages précités relate plusieurs épisodes sensibles qui jalonnent son cheminement existentiel. Il y confesse entre autres sa fuite viscérale des mondanités ainsi que son indifférence fondamentale envers toute forme de statut médiatique pour y substituer un dévouement corps et âme à la musique[8]. Il confie d'ailleurs un jour en anglais à la caméra combien ses priorités se focalisent avant toute chose sur un objectif liminaire prépondérant dont la substance essentielle vise à tenter autant que faire se peut de réussir à restituer le meilleur résultat musical possible en toutes circonstances en s'évertuant indéfectiblement à honorer l'intention première du compositeur[9]. Le contenu de sa biographie décrit en outre comment, à l'âge de 17 ans, il apprend inopinément sa condition initiale d'enfant abandonné[26]. Il découvre à cette occasion que ceux qu'il croit être ses parents l'ont en réalité recueilli à sa naissance pour lui éviter d'être confié à un orphelinat. Pourtant, ceux qu'il qualifie de bienfaiteurs — et dont il salue de courage d'avoir osé braver les instances tutélaires pour prendre soin de lui — se voient contraints de cacher illégalement le petit être aux yeux des autorités. Ils doivent pour ce faire user de stratagèmes et ruser à tout bout de champ avec l'administration suédoise. Celle-ci ne leur laisse aucun espoir d'adoption officielle en dépit d'un lien biologique de parenté pourtant formellement avéré. Motif invoqué : la condition précaire et le manque de moyens financiers du couple. Ses premières années ne se montrent non plus pas tout rose, notamment avec Mikhail qui, particulièrement sévère et exigeant, pratique une éducation à la hussarde en n'hésitant pas à frapper violemment l'enfant avec sa ceinture en réponse à toute infraction supposée ou réelle[8].

Gedda raconte également ses retrouvailles sporadiques — uniques et brèves — avec sa mère génitrice[3]. Quant à son père d'origine, qu'il n'a jamais cherché à rencontrer, il en entend fortuitement parler un soir d'été de 1977 par un chauffeur de taxi auprès duquel il a réservé sa course en mentionnant son nom de scène. Le conducteur paraît surpris de voir un visage autre que celui initialement escompté. En effet, son tout dernier client de la veille, lui confie-t-il, portait exactement le même nom... sauf qu'il était beaucoup plus âgé et l'avait enjoint de le conduire en toute hâte aux urgences hospitalières à la suite d'un malaise cardiaque. En procédant à divers recoupements implicitement révélateurs, Gedda comprend dès lors que son interlocuteur, ne se doutant guère de l'impact émotionnel engendré par ses paroles, fait bel et bien référence sans le savoir à son père biologique. Le décès de ce dernier lui sera d'ailleurs confirmé peu après par la sœur de celui-ci, en l'occurrence sa tante paternelle Olga devenue symboliquement et par la force des choses sa mère d'adoption officieuse depuis sa plus tendre enfance[8].

Souffrant de fréquents accès de dépression[9], il dévoile en 1969 combien le handicap induit par un trac extrême transforme chacune de ses prestations artistiques en un calvaire dont il s'évertue à ne jamais rien laisser transparaître[8].

De sa première union avec Nadia — décédée en 2016[27] — naît Tatiana, elle-même cantatrice et professeur de chant — nom de scène : Tania Gedda — formée par Andréa Guiot autrefois partenaire de Nicolai lors de son premier enregistrement de Guillaume Tell en 1967[28]. Père et fille donneront ensemble plusieurs concerts en duo avec orchestre. Sa deuxième épouse, Anastasia, mère de son deuxième enfant, Dimitri, retourne à New York avec sa progéniture après le divorce. Elle y meurt en 2007[29].

Il épouse Aino en 1997 et partage sa vie avec elle entre la Suède — dans son appartement du 28 Valhallavägen à Stockholm — et sa résidence suisse à Tolochenaz. Conforté aux côtés de sa douce moitié de longue date, il connaît auprès de l'ultime femme de sa vie une forme de bonheur tranquille et de sérénité à la fois paisible et durable[26].

Dernier adieu

Nicolai Gedda conclut définitivement sa carrière en 2005, à l'âge de 80 ans, en offrant un tout dernier concert au sein de l'église orthodoxe russe de Leipzig aux côtés de l'ensemble vocal auprès duquel, autrefois, sous la direction attentive de son père, jusqu'en 1934, il s'était originairement déjà illustré enfant à maintes reprises en qualité de jeune soliste plus de soixante-dix années auparavant[30].

Dix ans après cette ultime apparition publique, sa potentielle disparition est évoquée une première fois — au conditionnel — le 16 mai 2015 par le webzine Forumopera[31], suivi du journal Le Monde[30], à la suite d'une annonce erronée parue initialement la veille sur la Wikipédia anglophone, suscitant collatéralement un florilège d’hommages posthumes prématurés via divers réseaux sociaux.

Près de deux années plus tard, le 9 février 2017, France Musique révèle que[32], selon les propos rapportés par sa fille Tania à Forumopera.com[33], il s'est éteint plus d'un mois auparavant, le 8 janvier 2017, « a priori sans souffrance, vraisemblablement d’un arrêt cardiaque, dans sa résidence » suisse à Tolochenaz[30],[11]. Le communiqué précise en outre que « sa mort survient peu de mois après celle de sa première épouse Nadia[d] et peu de jours après celle de Georges Prêtre avec lequel il collabora à plusieurs reprises en Don José, notamment dans l’enregistrement de Carmen aux côtés de Maria Callas[27]. »

Le lendemain, dans sa nécrologie du journal Le Monde, Marie-Aude Roux écrit : « Drôle de fin pour celui dont la carrière restera comme les plus éblouissantes du XXe siècle, ne serait-ce que par l'importance d'un legs discographique [...] couvrant un répertoire ouvert sur l'universel[30]. »

Hommages

Concomitamment, dans un communiqué publié sur son site, l'opéra royal de Stockholm rend hommage à l'artiste par la voix de son actuelle directrice générale, la mezzo-soprano wagnérienne Birgitta Svendén. Celle-ci évoque avec tendresse et admiration un épisode épique relatif à l'une de ses collaborations passées avec Gedda lors d'un Eugène Onéguine « mémorable » à Stockholm aux côtés de celui que ses partenaires de travail surnomment affectueusement « Nico[a] ». Ce jour-là, Gedda, accepte de remplacer au pied levé un ténor momentanément souffrant. Comme il ne connait à l'époque son rôle que dans la seule langue d'origine, il entonne son chant en russe alors que le reste des solistes lui donne la répartie en suédois[11]. À cette occasion, Svendén se sent subjuguée par la « qualité unique » de son « chant lumineux » ainsi que par son « incarnation éblouissante » du personnage de Lenski. Elle évoque « un artiste d'exception, doté d'une musicalité aussi impressionnante que son sens aigu de la prosodie et de la sémantique linguistique, sachant comme nul autre ciseler chaque syllabe contenue dans un texte de manière à en restituer la quintessence d'une façon en tout point conforme à l'idiome d'origine ». Elle relève en outre « sa maîtrise exemplaire de la nuance et des subtilités du phrasé ». Selon elle, son art du chant constitue « un enseignement de référence inégalé pour tout jeune aspirant chanteur ». Elle notifie également combien « il a su élever son art de l'opérette vers de nouveaux sommets dont maints enregistrements discographiques conservent la trace pérenne », attendu que « son intelligence musicale le portait avec délectation à interpréter ce répertoire auquel il savait d'emblée combien sa voix était susceptible de convenir idéalement. » Elle se réjouit également de constater combien la sagesse, la retenue et la capacité de modération dont il a constamment su faire preuve tout au long d'une carrière exceptionnellement longue lui ont évité de sombrer dans un piège redoutable — celui de céder à la tentation d'interpréter prématurément des rôles trop dramatiques avant l'heure — qui, s'il y avait succombé, aurait alors pu contribuer à endommager irréversiblement la « finesse exquise [d'un] timbre » qu'elle qualifie de « suave[11] ».

The Telegraph poursuit le même jour sur une lancée analogue en qualifiant d'emblée Nicolai Gedda comme « l'un des plus grands ténors de tous les temps[34] ».

Distinctions

  • 1965 – Hovsångare[11] : affiliation honorifique à la cour du roi
  • 1966 – académie royale de musique de Suède : membre d'honneur du Conseil no 725
  • 1968 – Litteris et Artibus : médaille des arts et des lettres
  • 1976 – Medaljen för tonkonstens främjande (MusAGM) : médaille de la « promotion pour la musique » décernée par l'académie royale de musique en qualité de plus haute distinction honorifique de Suède. Son octroi vise à récompenser « une personnalité exceptionnellement méritante en vertu de ses apports exemplaires au bénéfice de la musique »
  • 1987 – Fonogramartistpristagare : Grand Prix du disque pour sa contribution exceptionnelle au prestige et au rayonnement international de l'industrie musicale[25]
  • 1989 – Kammersänger[35]
  • 2007 – prix Caruso : ambassadeur du bel canto à travers le monde[36],[37]
  • 2010 – Légion d’honneur[38]

Œuvre

Écrits

  • (sv) Nicolai Gedda et Aino Sellermark Gedda, Gåvan är inte gratis [« Le Revers de la médaille »], Stockholm, éd. Bonnier, 1977, 227 p. (ISBN 91004-19397 et 97891004-19394, OCLC 3707152).
  • (en) Berton Coffin (préf. Nicolai Gedda), Coffin's Sounds of Singing : Principles and applications of vocal techniques with chromatic vowel chart, Metuchen (New Jersey), London, Scarecrow Press (réimpr. 1987, 2002), 2e éd. (1re éd. 1960, puis c. 1976 sous le titre The Sound of Singing), 308 p., bibliographie en p. 290-298, glossaire en p. 299-303, ill., musique ; 29 cm + chromatic vowel chart (ISBN 0810819333, 1461657547, 9781461657545 et 9780810819337, OCLC 842118229, notice BnF no FRBNF42916961, LCCN 86015491, lire en ligne), chap. 1er (« The Teaching of Paola Novikova: a traditional Italianate intuitive approach to the teaching of singing »), p. 15-42.
  • (en) Nicolai Gedda et Aino Sellermark Gedda (trad. du suédois par Tom Geddes), My Life and Art [« Nicolai Gedda : ma vie, mon art »], Portland, Oregon, Amadeus Press, coll. « Opera biography series » (no 12), 1999, 244 p., édition revue et augmentée de Gåvan är inte gratis (cf. supra) originellement paru en langue suédoise en 1977 sous les mêmes signatures conjointes (ISBN 0585183929 et 9780585183923, OCLC 44961885, LCCN 98042923)[4].

Enregistrements

Discographie partielle
  • Johann Sebastian Bach : Passion selon saint Matthieu, avec Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig, Peter Pears, Dietrich Fischer-Dieskau, Walter Berry, London Philharmonic Choir, London Philharmonic Orchestra, Otto Klemperer (dir.) - EMI Classics 1961
  • Hector Berlioz :
    • Benvenuto Cellini (rôle-titre), avec Christiane Eda-Pierre, Jane Berbié, Robert Massard, Jules Bastin, BBC Symphony Orchestra, Colin Davis (dir.) - Philips, 1972
    • La Damnation de Faust (Faust), avec Janet Baker, Gabriel Bacquier, chœur et orchestre de l'Opéra de Paris, Georges Prêtre - EMI Classics, 1970
    • La Damnation de Faust (Faust), avec Josephine Veasey, Jules Bastin, Ambrosian Singers, Orchestre symphonique de Londres, Colin Davis (dir.) - Philips, 1973
  • Georges Bizet :
    • Carmen (don José), avec Victoria de Los Angeles, Janine Micheau, Ernest Blanc, Orchestre national de la Radio française, Thomas Beecham (dir.) - La Voix de son maître/EMI, 1960
    • Carmen (don José), avec Maria Callas, Andréa Guiot, Robert Massard, chœur René Duclos, Orchestre de l'Opéra de Paris, Georges Prêtre (dir.) - La Voix de son maître/EMI, 1964
    • Les Pêcheurs de perles (Nadir), avec Janine Micheau, Ernest Blanc, chœur et orchestre de l'Opéra-Comique, Pierre Dervaux (dir.) - Columbia , 1961
  • Dmitri Chostakovitch : Lady Macbeth de Mtsensk, avec Galina Vichnevskaia, Ambrosian Singers, Orchestre symphonique de Londres, Mstislav Rostropovitch (dir.) - EMI Classics, 1978
  • Edward Elgar : The Dream of Gerontius, London Philharmonic Choir, John Alldis Choir, New Philharmonia Orchestra, Adrian Boult (dir.) - EMI Classics, 1976
  • Charles Gounod :
    • Faust (rôle-titre), avec Victoria de Los Angeles, Boris Christoff, chœur et orchestre de l'Opéra de Paris, André Cluytens (dir.) - La Voix de son maître/EMI, 1953
    • Mireille avec Jeanette Vivalda, Michel Dens, chœur du Festival d'Aix-en-Provence, Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, André Cluytens (dir.) - La Voix de son maître/EMI, 1954
  • Jules Massenet, Werther (rôle-titre), avec Victoria de los Ángeles, Orchestre de Paris, Georges Prêtre (dir.) - EMI Classics, 1968
  • Giacomo Meyerbeer :
    • Les Huguenots, avec Rita Shane, Wiener Kammerorchester, Ernst Märzendorfer (dir.) – Myto Records, 1971
    • Le Prophète, avec Marilyn Horne, Orchestre de la RAI, Henry Lewis (dir.) - BJR Records, 1970
  • Modeste Moussorgsky : Boris Godounov (Grigori et Dimitri), avec Martti Talvela, chœurs et orchestre de la Radio polonaise, Jerzy Semkow (dir.) - EMI Classics, 1977
  • Wolfgang Amadeus Mozart :
  • Jacques Offenbach, Les Contes d'Hoffmann (rôle-titre), avec Schwarzkopf, Victoria de Los Angeles, George London, Ernest Blanc, chœur et orchestre de l'Opéra de Paris, André Cluytens (dir.) - La Voix de son maître/EMI, 1965
  • Giacomo Puccini, Madame Butterfly (Pinkerton), avec Maria Callas, chœur et orchestre de la Scala de Milan, Herbert von Karajan (dir.) - EMI Classics, 1955
  • Giuseppe Verdi : Rigoletto (duc de Mantoue), avec Reri Grist, Cornell MacNeil, chœur et orchestre de l'Opéra de Rome, Francesco Molinari-Pradelli (dir.) - EMI Classics, 1968

Technique vocale

Appoggio

L'enseignement dispensé par son premier maître Carl Martin Oehman lui pose initialement les bases d'une projection sonore qui repose sur plusieurs piliers interactifs indissociables :

  1. « Lo sbadiglio », en l'occurrence « le bâillement » ou plutôt « l'esquisse de bâillement » générant automatiquement le soulèvement de la luette en libérant concomitamment l'accès à la voute palatale afin de permettre aux vibrations émises de se focaliser prioritairement vers les régions osseuses prioceptrices[H 5].
  2. Le maintien de la cage thoracique constamment ouverte et érigée (« erect » en anglais), un peu comme en apnée, lors de l'acte vocal, de telle façon à assurer le support nécessaire à l'émission dont le socle se décline en un judicieux équilibre de répartition entre la contention respiratoire et l'insufflation aérienne subordonnée à l'adduction cordale[H 4].
  3. La conglomération intrinsèque vers le « masque de résonance »« la maschera » en italien — dont la perception régionale osseuse, ajoutée à une projection directionnelle ciblée, permet à la vibration laryngée d'emplir et rendre effectifs, par « décodage sonore », les « résonateurs » d'appoint naturels, eux-mêmes servant, par ricochet inducteur, d'amplificateur secondaire via l'équilibre d'impédance prodigué par la soufflerie interne[H 5],[H 6].
  4. La « couverture du son » appliquée systématiquement sur les zones dites « de passage » dont l'emplacement correspond aux notes transitoires situées vers le haut médian de la tessiture, là où généralement le timbre, faute d'entraînement ad hoc, tend naturellement à se fissurer voire, alternativement, à virevolter machinalement en voix de fausset (« falsetto » en italien). La technique appropriée consiste dès lors à solliciter divers mécanismes appropriés dont la mise en œuvre tend à favoriser une « réunification » fluidifiée des « registres vocaux » auparavant ubiquitaires de telle façon à ce que le « changement de vitesse » — prévalant d'ordinaire entre les segments interstitiels auparavant scindés par antagonisme erratique — puisse habilement s’opérer sans heurt perceptible voire, idéalement, se conjoindre optimalement à la zone frontalière subcontiguë[12],[39].

Scuola italiana

Dans l'opuscule du coach vocal et baryton Berton Coffin dont Gedda rédige la préface de l'édition 1987[H 6], il explique combien l'enseignement de Paola Novikova — cette pédagogue d'origine russe auprès de laquelle il travaille d'arrache-pied durant dix ans[12] — se révèle profitable. Lors de ses premières incursions au Metropolitan Opera de New York, il va d'ailleurs la consulter obstinément jusqu'à trois fois par jour en travaillant l'entièreté de son répertoire sous sa direction artistique et technique[H 6].

Sa vision perceptive se décline comme suit :

  • Elle considère la voix comme un instrument à vent et le traite donc comme tel.
  • Gedda apprend à travers elle à maîtriser les arcanes et subtilités du moïto, de l'« aperto-coperto », de la « mezza voce », du « squillo », du « chiaroscuro », toutes notions implexes impérativement subordonnées aux passages inducteurs dont la préhension égalitaire et autant que possible « imperceptible » s'avère indispensable à la préservation et l'optimisation pérenne de la sphère laryngée.
  • Il y perfectionne également son approche intégrative de la fameuse « couverture du son » dont l'implémentation souverainement individualisée demeure spécifique à son art. Il y met en exergue un must incontournable qu'il essaime au niveau de zones émissives intermédiaires ciblées par le biais d'une approche systémique de la « messa di voce[b] ».
  • L'ensemble contextuel repose sur une synergie holistique dont la mise en œuvre structurelle exige une maîtrise savamment élaborée de la contention respiratoire subordonnée à une gestion répartitive optimale du souffle vers les points d'ancrage priocepteurs[H 4],[H 5],[H 7].

Sémiologie phonatoire

Intermédiaire entre un ténor de grâce[f] stylé à la Tito Schipa[40] incorporé au velouté d'un Beniamino Gigli avec, néanmoins, le « squillo » d'un « lirico-spinto » associé à l'onctuosité et la grâce interprétative d'un Léopold Simoneau[g],[41],[42],[43] ou encore la diction ciselée d'un Georges Thill[44] anoblie par la musicalité et l'élégance aristocratique d'un Dietrich Fischer-Dieskau, Gedda demeure cependant incomparable dans l'émission de sa voix mixte et diaphane. Il n'est que d'écouter sa reprise en nuances pp ainsi que ses sons filés ponctuant la deuxième partie de l'air de Lenski dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski[3] — notamment lors du passage où il chante, en russe, la phrase : « Viendras-tu verser une larme sur mon urne trop précoce ? » — voire son émission tout en douceur lors de l'aria « Magische Töne » tiré de l'opéra Die Königin von Saba de Károly Goldmark. La démonstration peut-être la plus éloquente de cette caractéristique vocale unique intervient via son chant solo — dénudé et exempt de tout background orchestral — offert par un extrait de l'opéra inachevé La Foire de Sorotchintsy — en russe : Сорочинская ярмарка — mis en musique par Modeste Moussorgski. Il ressort ainsi vraisemblablement de ce qui précède qu'en l'état seul peut-être le ténor Alain Vanzo pourrait accessoirement se prévaloir de rivaliser avec son talent grâce à l'onctuosité de son interprétation rendue par l'aria « Je crois entendre encore » extrait de l'opéra Les Pêcheurs de perles de Bizet. Qui plus est, la qualité des nuances émissives restituées par le gosier de Gedda alliée à la maîtrise hors du commun qui caractérise son émission éthérée ne peut pour autant s'assimiler à une haute-contre[h] ni même à quelque autre exemple connu[23].

Fort de ce qui précède, Steve Shelokhonov le considère comme « le plus polyvalent d’entre tous les ténors[5] ». Yves Rinaldi relève en outre une vastitude de répertoire hors du commun, « à la mesure de son étendue vocale phénoménale » allant « de Rossini à Menotti, du bel canto à la musique sérielle avec, à chaque fois, une facilité déroutante[23] ». De facto, si sa typologie vocale ne correspond pas spécifiquement au ténor italien di forza ni au Heldentenor allemand[c], Gedda n'en demeure pas moins un caméléon de la stratosphère opératique en devenant « tour à tour ténor lyrique (Spieltenor), ténor français, trial, ténor bouffe, tenore di grazia[f], tenore spinto… », un panel de couleurs tellement diversifié que son corollaire l'érige au rang de « chanteur littéralement spécialisé dans tout » et donc, a priori, « inclassable[23] ».

Notes et références

Notes

  1. Surnommé Nico[10] en Europe[11] mais davantage Nicky[H 2] dans les pays anglo-saxons.
  2. « Messa di voce » également appelée « smorzatura » en jargon professoral.
  3. Par dérogation interposée, Gedda consent néanmoins à aborder le répertoire de wagnérien en incarnant une seule et unique fois — et à titre exceptionnel — le rôle-titre de Lohengrin à l'opéra royal de Stockholm en janvier 1966[20].
  4. Nadia Gedda-Nova, née Nadia Sapounoff Nova[8], pianiste[24], première épouse de Nicolai Gedda[27] et mère de leur fille Tatiana [Tania].
  5. Le « premio Enrico Caruso » est une reconnaissance honorifique attribuée à une personnalité du monde artistique et culturel qui a particulièrement contribué à défendre l'art et la culture italienne à travers le monde[36],[37].
  6. Ténor de grâce ou « tenore di grazia » en Italie.
  7. Léopold Simoneau que d'aucuns assimilent à « la transparence absolue ».
  8. La typologie vocale de Gedda ne s'apparente pas vraiment à celle d'une haute-contre en raison de sa capacité expansive par « messa di voce » interposée jusqu'à l'obtention d'une plénitude « di petto » transitant préalablement par un mixte appuyé.

Références bibliographiques

  1. Rosenthal et Blyth 2001.
  2. Hines 1987, p. 188.
  3. Coffin 1960, p. 15.
  4. Hines 1987, p. 188-195.
  5. Lehmann 1909, p. 12.
  6. Coffin et Gedda 1987, p. 12-14.
  7. Lehmann 1922, p. 39-41.

Autres références

  1. « Décès de Nicolai Gedda, ténor légendaire - Actualités - Ôlyrix », Olyrix.com,‎ 18 avril 2017 (lire en ligne)
  2. « Nicolai Gedda - Biographie - Ôlyrix », sur Olyrix.com (consulté le 18 avril 2017)
  3. (en) Margalit Fox, « Nicolai Gedda, Celebrated Opera Tenor, Dies at 91 », The New York Times,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  4. (en) Ian Lace (trad. du suédois par Tom Geddes), Book Review: Nicolai Gedda - My Life and Art, by Nicolai Gedda as told to Aino Sellermark Gedda [« Recension : Nicolai Gedda, ma vie et mon art »], Classical Music on the Web, Amadeus Press, 1999, 244 p. (ISBN 1-57467-048-4, lire en ligne).
  5. (en) Steve Shelokhonov, « Nicolai Gedda: Biography », IMDb,‎ 1990-2016 (lire en ligne).
  6. Julian Sykes, « La voix tendre et ardente de Nicolai Gedda s’est éteinte », Le Temps,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  7. Antoine Brunetto, « Encyclopédie subjective du ténor : Nicolaï Gedda », Forumopera.com : le magazine du monde lyrique « Nicolaï Gedda, le ténor universel »,‎ 27 décembre 2010 (lire en ligne).
  8. (en) Matt Schudel, « Nicolai Gedda, ‘electrifying’ Swedish-born operatic tenor, dies at 91 », The Washington Post,‎ 11 février 2017 (lire en ligne).
  9. (de) Michael Beyer, Nicolai Gedda, Ritter des hohen D [« Nicolai Gedda, le cavalier du contre-ré »], 2015, avec les interventions respectives de Nicolai Gedda, Mirella Freni, Jürgen Kesting, Clas Ralf, Brigitte Fassbaender, Jonas Kaufmann (OCLC 932087982).
    Dans sa version française (non disponible en ligne), le film a été diffusé le 8 novembre 2015 sur Arte sous le titre alternatif suivant : Nicolai Gedda, un ténor au diapason[16].
  10. « Klassisk morgon » [« En hommage au 90e anniversaire de Nicolai Gedda »], Sveriges Radio AB (SR), Lyssnarnas « Födelsedagshyllningar till Nicolai Gedda »,‎ 10 juillet 2015 (lire en ligne).
  11. (se) Birgit Nilsson et Birgitta Svendén, « Nicolai Gedda : 11 juli 1925 – 8 januari 2017 », Operan, opéra royal de Stockholm,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  12. (en) Nicolai Gedda: interview about italian technique (lire en ligne [audio]).
  13. Andrea Suhm-Binder, Charles B. Mintzer, « Oehman, Carl Martin (Öhman, Oehmann), Swedish tenor, 1887 – 1967 », cantabile – subito « Great Singers of the Past »,‎ 1999-2012 (lire en ligne).
  14. (en) Alan Blyth, « Nicolai Gedda obituary », The Guardian,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  15. (de) Thomas Baltensweiler, « Zum Tod von Nicolai Gedda : Gewandt in allen Stilen », Neue Zürcher Zeitung,‎ 9 février 2017 (lire en ligne).
  16. Renaud Machart, « Ténor de grâce », Le Monde,‎ 6 & 7 novembre 2015 (lire en ligne).
  17. Jacques Schmitt, « Décès du ténor Nicolai Gedda », ResMusica,‎ 11 février 2017 (lire en ligne).
  18. Rodolphe Bruneau-Boulmier, Émilie Munera, « Hommage à Nicolai Gedda », France Musique « musique classique » « En pistes ! »,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  19. (en) Gisela Storjohann, « Nicolai Gedda », Opera (en),‎ 1966 (lire en ligne).
  20. Richard Wagner, Lohengrin [« Mein lieber Schwan »], opéra royal de Stockholm, 29 janvier 1966, Nicolai Gedda, ténor (lire en ligne [audio]).
  21. Christoph Willibald Gluck, Orphée et Eurydice [« Viens, viens, Eurydice »], 1955, Orphée : Nicolai Gedda, ténor ; Eurydice : Janine Micheau, soprano ; Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire de Paris sous la direction de Louis de Froment (lire en ligne [audio]).
  22. (en) High Fidelity, Audiocom (no 2, 7-12), 1958 (lire en ligne), p. 70
  23. Yves Rinaldi, « Nicolai Gedda », musicarmonia.fr,‎ 5 février 2012 (lire en ligne).
  24. Récital Nicolai Gedda, ténor ; Nadia Gedda Nova, pianiste, Paris, Les lundis musicaux de l'Athénée (directeur : Pierre Bergé), 18 mars 1985 (lire en ligne).
  25. (en) International Who's who in Classical Music, Europa Publications Limited, 2007 (ISBN 1857434161 et 9781857434163, lire en ligne), p. 270.
  26. Culturebox (avec AFP), « La famille du ténor suédois Nicolai Gedda annonce son décès », Francetv info,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  27. Christophe Rizoud, « Décès de Nicolai Gedda », Forumopera.com : le magazine du monde lyrique,‎ 9 février 2017 (lire en ligne).
  28. Christophe Rizoud (« Andréa Guiot chantait Mathilde et Alain Lombard tenait la baguette »), « Ernest Blanc et Nicolaï Gedda : Où vas-tu ? » (cf. enregistrement discographique de l'opéra Guillaume Tell de Giacchino Rossini en 1967 chez EMI Classics), Forumopera.com,‎ 1er janvier 2011 (lire en ligne).
  29. (en) Susan Dominus, « No Such Thing as Junk », The New York Times,‎ 5 avril 2007 (lire en ligne).
  30. Marie-Aude Roux, « Mort du grand ténor Nicolai Gedda à 91 ans », Le Monde,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  31. Christophe Rizoud, « Nicolai Gedda serait décédé », Forumopera.com « Brèves »,‎ 17 mai 2015 (lire en ligne).
  32. Guillaume Decalf, « Le ténor suédois Nicolai Gedda est mort », France Musique,‎ 9 février 2017 (lire en ligne).
  33. (sv) Av Bo Löfvendahl, « Svenske stjärntenoren Nicolai Gedda död » [« Le ténor suédois Nicolai Gedda est mort »], Svenska Dagbladet,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  34. (en) « Nicolai Gedda, all-time great tenor – obituary » [« Nicolai Gedda, le plus grand ténor de tous les temps »], The Telegraph,‎ 10 février 2017 (lire en ligne).
  35. (de) Zum Tod von KS Nicolai Gedda, Wiener Staatsoper, 10 février 2017 (lire en ligne).
  36. (it) « Premio Enrico Caruso a Nicolaj Gedda », OperaClick,‎ 1er novembre 2007 (lire en ligne).
  37. (it) Mario del Fante, presidente & Rolando Panerai, direttore artistico, Premio Enrico Caruso[e] 2007 al grande tenore Nicolai Gedda, ambasciatore del belcanto nel mondo, Lastra a Signa, 5 novembre 2007 (lire en ligne [vidéo]).
  38. (sv) Av Spektra, TT, « Nicolai Gedda utnämnd till riddare » [« Nicolai Gedda hissé au rang de chevalier de la Légion d'honneur »], Svenska Dagbladet,‎ 2 juin 2010 (lire en ligne).
  39. (en) (se) Nicolai Gedda explains to Roger Wågsjö how to cover the voice, audio en suédois avec sous-titrage en anglais (lire en ligne [vidéo])
  40. George Henry Hubert Lascelles, 7e comte de Harewood, Opera, Rolls House Publishing Company (no 7-12), 2005, p. 785 [lire en ligne 1] [lire en ligne 2]
  41. Peter Hugh Reed, The American Record Guide, Helen Dwight Reid Educational Foundation, 1979 (lire en ligne)
  42. (en) William White, Library Journal, vol. 88 (no 1), 1963 (lire en ligne)
  43. (en) Records in Review, vol. 5 : The Fifth High Fidelity Annual, Wyeth Press, 1959 (lire en ligne), p. 82
    « Nicolai Gedda's voice has less sweetness than Simoneau's and he has to strain at times to encompass the cruelly difficult tessitura. But he is a more real and human Orpheus. And he never compromises with Gluck's score, which Simoneau more than once does. »
  44. (en) George Henry Hubert Lascelles, 7th earl of Harewood, Opera, vol. 49 (no 1-6), 1998 (lire en ligne), p. 126

Annexes

Bibliographie

  • Lilli Lehmann (trad. de l'allemand par Maurice Chassang), Mon art du chant [« Meine Gesangkunst »], Paris, Rouart, Lerolle (1re éd. originelle en allemand publiée en 1902 à Berlin (OCLC 475009685) et rééditée en 1922 chez Bote & G. Bock (OCLC 924357101) ; première traduction initiale en français d’Edith Naegely en 1909 (OCLC 718719098) et, la même année, en anglais, par Richard Aldrich sous le titre How to sing (OCLC 938924776) puis, en 1922, sous une nouvelle traduction en français effectuée cette fois-ci par Maurice Chassang (OCLC 17704389) avec mise à jour considérablement supplémentée en 1960 (notice BnF no FRBNF41099870)), traduction issue de la troisième édition de la version originale allemande publiée en 1922 avec un contenu revu, augmenté et refondu de fond en comble par l’auteur (notice BnF no FRBNF41099870) : lire en ligne : → [pdf de la version de 1909][version française de 1922][3e édition originale en allemand de 1922].
  • (en) Jerome Hines, Great singers on great singing, New York, Limelight Editions, 1982, 2e éd. (1re éd. 1982 à Garden City aux éditions Doubleday), 356 p. (ISBN 0879100257 et 9780879100254, LCCN 84004393), « Nicolai Gedda », p. 188–195.
  • (en) Harold Rosenthal et Alan Blyth, « Gedda, Nicolai », dans Stanley Sadie (éd.), The New Grove Dictionary of Music and Musicians, Londres, Macmillan, seconde édition, 29 vols. 2001, 25 000 p. (ISBN 9780195170672, lire en ligne)
  • (en) Harold Rosenthal et Alan Blyth, The Grove Book of Opera Singers, Oxford University Press, 2009 (ISBN 9780199891481, lire en ligne).
  • (en) Michael Kennedy et Joyce Bourne Kennedy, The Oxford Dictionary of Music, Oxford University Press, 2013 (ISBN 9780191744518, lire en ligne).
  • (en) Michael Kennedy et Joyce Bourne Kennedy, The Concise Oxford Dictionary of Music, Oxford University Press, 2007 (ISBN 97801917-27184, lire en ligne).
  • Emmanuel Dupuy, « Nicolaï Gedda, votre humble serviteur », Diapason, no 656,‎ avril 2017, p. 26–29 (ISSN 1292-0703, OCLC 947215460).

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