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Stephan MacLeod, un entrepreneur aux anges

Le chanteur genevois Stephan MacLeod - Source : Jacques Philippet Le chanteur genevois Stephan MacLeod (Source : Jacques Philippet)

Fantastique chanteur… mais pas seulement! Le Genevois Stephan MacLeod est aussi un infatigable entrepreneur, ne reculant devant aucun défi pour transmettre sa passion au plus grand nombre. Avec l'ensemble Gli Angeli qu'il a créé voici treize ans, il sert le grand Bach (intégrale des cantates) mais également d'autres baroques moins en lumière, et s'est lancé depuis peu dans une non moins ambitieuse intégrale des symphonies de Haydn. Portrait.

par Antonin Scherrer

Il a le timbre, voluptueux, enveloppant, la basse dans toute sa splendeur, sa générosité, sa sérénité aussi. Pas étonnant que de nombreux chefs s'en soient entiché dès le sortir des études, comme par exemple Paul Van Nevel, dont il a été pendant cinq ans la première basse attitrée de l'Ensemble Huelgas. Mais la trajectoire de Stephan MacLeod ne se limite pas à cette voix, aussi séduisante soit-elle. Alors qu'il aurait pu remplir ses jours et ses semaines de concerts en tournées sous la direction des plus grands – un soliste d'oratorio comme lui attise la convoitise: son CV a l'allure d'un abécédaire des meilleurs ensembles et chefs de la scène baroque internationale! –, il préfère se mettre en «danger» en traçant les contours de sa propre aventure artistique.

Baroqueux non exclusifs

C'est ainsi qu'en 2005 il décide de créer «Gli Angeli» – littéralement «les anges», référence à un café qu'il fréquentait durant ses années parisiennes –, une formation à géographie variable dédiée à l'interprétation du répertoire vocal et instrumental de chambre des 17e et 18e siècle: une sorte de laboratoire intimiste, qu'il puisse lui-même diriger depuis son pupitre de basse, à la manière du maestro al cembalo ou d'un premier violon de camerata. Les membres ne sont pas choisis au hasard: au-delà du rayonnement de leur propre carrière de solistes ou de chambristes, il est impératif qu'ils ne se spécialisent pas exclusivement dans le répertoire baroque. «Leur éclectisme est garant de la fraîcheur de leur enthousiasme et de la sincérité de leur recherche», lit-on sur le site de l'ensemble.

Le résultat ne se fait pas attendre. Ce qui aurait pu n'être qu'«un ensemble baroque de plus», s'impose rapidement comme l'un des phares du genre en Suisse romande – région qui, au passage, en avait bien besoin! Gli Angeli crève l'écran dès son premier enregistrement en 2008: un florilège de cantates allemandes parues chez Sony Vivarte, qui se voient couronnées d'un «Editor's Choice» du magazine Gramophone. On y retient surtout la révélation de Nicolaus Bruhns, maître du Stylus phantasticus, dont l'œuvre trop rare nous fait entendre sous un jour nouveau les cantates du grand Bach. Un second volume sort de presse l'année suivante qui présente, côte-à-côte avec le même Bach, des pages de Buxtehude et de Telemann.

Intégrales Bach et Haydn

Mais au-delà de ces belles réussites, c'est d'abord sur scène que Gli Angeli forge sa réputation. À l'étranger, où il est régulièrement en tournée – on peut citer des résidences à Utrecht et aux Thüringer Bachwochen –, et d'abord à Genève, où mijotent ses plus grands projets. Il y a l'intégrale des cantates de Bach au temple Saint-Gervais, qui vivront prochainement leurs épisodes 37 et 38 (27 février avec les Cantates 94, 107 et 178 – 30 mai avec les Cantates 33, 101 et 113). Il y a les grands concerts annuels au Victoria Hall, où il ose des œuvres de plus grand format comme les Passions du cantor de Saint-Thomas. Et puis il y a depuis septembre 2017 un nouveau défi un peu fou: l'intégrale des symphonies de Joseph Haydn, au Conservatoire Place Neuve – épisode 3 le 6 mars avec les Symphonies 37, 80 et 83.

Un tel accomplissement n'est évidemment pas le fruit du hasard, mais le résultat d'un travail de longue haleine, d'une sacrée ténacité… et de beaucoup de belles rencontres, dont la basse témoigne volontiers. Après des premiers pas au violon, au piano et en chant dans sa ville natale de Genève, il y a d'abord eu Kurt Moll – fantastique modèle pour un soliste d'oratorio! – et Reinhard Goebel à Cologne, Gary Magby à Lausanne, puis ses débuts de soliste et de choriste au sein de l'Ensemble Cantatio à Genève et de l'Ensemble Vocal de Lausanne. Il aime aussi à citer «l'humilité de Leonhardt», «la confiance de Herreweghe» et «la puissance rythmique de Van Nevel», figures ô combien marquantes qui ont façonné son identité artistique.

L'école de l'enseignement

Non sans une certaine logique, Stephan MacLeod trouve aujourd'hui beaucoup de bonheur à transmettre à son tour cette expérience patiemment acquise, au gré de son enseignement à la Haute école de musique de Lausanne (HEMU). Dans une interview accordée à Sylvie Bonier du Temps en 2014, il détaille avec beaucoup de sensibilité de quelle manière cette nouvelle aventure le fait grandir. «J'ai l'impression de mieux chanter depuis que j'enseigne. Se concentrer sur la justesse d'intonation pour les autres change le degré de conscience dans lequel on est prêt à plonger pour soi-même. La responsabilité et le souci d'irréprochabilité m'ont permis de sortir d’une forme d'ambiguïté. Et la transmission m'enchante. Elle m'aide à entrer dans une filiation et à renouer des fils rompus dans mon enfance. Mon père rêvait d'être chanteur et ma mère a dû interrompre une carrière prometteuse pour m'élever. J'ai commencé quelque part par réparer ces impossibilités, et je me suis lancé dans le chant parce que ça représentait pour moi le moyen le plus sûr de devenir indépendant. Aujourd'hui, je me sens définitivement affranchi de ces fonctionnements grâce à l'enseignement.»

Stephan MacLeod sur les ondes de Radio Swiss Classic
Concerts de Stephan MacLeod avec l'ensemble Gli Angeli


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